Mon père aimait beaucoup les poèmes éphémères : ça lui donnait un ou deux mots à assembler –  respecter le 5/7/5 ? Mon œil ! – la pour en faire une belle image et nous emmener vers la réflexion personnelle – moins de travail pour lui – jusqu’à que les demandes d’explications devenaient indispensables – là, il ne se dérobait pas. Il nous faisait ça en trois de cuiller à pot entre deux portes, quand on était déjà au lit et quand il passait devant la porte de notre chambre, sans arrêt de trois secondes requis au panneau Stop.

Il en a dit des dictons et on-dit – choses que l’on apprenait à l’école, les écrivant sur les cahiers ; il en a fait des jeux de mots qui m’ont fait rire par leur absurdités et leur second degré ; et des acrobaties linguistiques incompréhensibles – mes préférées  que je me rappelle si vaguement car perdues dans la brume de l’enfance.

Quelques-uns me viennent par bribes : “On ne fait pas voguer un navire en fromage avec des mots.” “« Voyons, souriez, madame. » dit-on à une dame voilée du hijab.” “Ah, quelle pluie ! Des chiens et des chats ou bien des cordes ?”

Quelles réponses imaginerez-vous ? « Je peux le manger le navire en fromage ? » « Ah, mais ils l’ont construit comment ? » « C’est simple : on souffle dessus ! » ; « Elle est contente, la dame ! » ; « Ils ne vont pas sécher avec tout ça ! » « On peut les mettre sous le préau ? Quoi ? Bah, les chats et les chiens ! »

Et puis ceux que j’ai recopiés juste avant de m’endormir sur un carnet caché sous le matelas, avec le stylo assorti qui avait fini par tacher le lit. Là, j’y trouvais de la poésie qui n’était pas habituelle à mon père ; des traits de génie qui transparaissaient quelquefois étaient la meilleure raison que j’accordais. Ah mais non, me dirent les années plus tard, quand j’ai commencé à fouiller par moi-même  dans les livres! Des extraits d’auteurs, de vrais auteurs ! J’ai alors associé mon père pour le plus authentique des voleurs de mots que le monde n’avait jamais connu ! Je le crois encore capable de ça parce qu’il ne dit uniquement  les verbes essentiels, les mets linguistiques, rejetant sur le côté tous les genres d’indicatifs.

Il parlait peu et court, et ses mots sont restés.

 mehmet ali uysal

My father was fond of ephemeral poems too much: they gave him one or two words to tie together – he did never respect the 5/7/5 schema – in order to make such a beautiful picture that brought us to think as hard as 7-years-old children could do by themselves. Thus he had a few work to do with us but he never escaped when the poems’ explanations were necessary.  He did all of this so quickly, between two doors, when we were at bed for sleeping and when he passed in front of our bedroom door without stopping for three seconds.

He had said so much proverbs and idioms which we learned at school had written on our workbooks; he had made so word games which make me laughing because of their absurdity or their second degree; and linguistic tricks beyond our understanding – my preferred but I recall them so vaguely that they are lost in the fog of my childhood.

Some of them came to me by pieces. “One doesn’t make float a cheese ship with words.” ““Please, Mistress, could you smile a little?” one said to a lady veiled with a hijab.” “What a so rude rain! Rains it cats and dogs or cords?”

What answers could you imagine? “Could I eat the cheese ship?” or “Ah, but how have they make it?” or “Very simply: we have just breathing on it.”; “She’s happy, isn’t she?”; “They didn’t dry with all of water!” or “Could we make them enter into the hall? Who? Well, the cats and dogs, of course!”

And there were these that, before sleeping, I copied in a notebook hidden under my bed that its pen ended to stain the bed. In these words I had found an unusual poetry wind, stranger to my father’s; mouthful of genius air that had sometimes transcript from him seemed the only, truly explanation I had set up. Oh, no, no, no! said the further years of my life when I have started to dig deeper into books by myself. It was extracted from authors, real authors! And then I associate my father with the most authentic thief of words that the planet has ever known. I still believe that, because he only says essential verbs, these linguistic dishes and rejects all kind of indications.

He had spoken a few and shortly, but his words are still here.

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