Après des lustres et des voyages – enfin, un aller-retour vers l’orient – et puis le temps que je prenne mes marques et remarques, je suis sujet au changement ces derniers jours, je me replonge dans le doux duvet des Plumes que propose Asphodèle, toujours fidèle au poste – mille mercis à elle.

Une citation tristounette pour cette fois-ci, espérant cependant des suites plus heureuses, a donné place aux mots suivants : temps, lire, ténacité, sidération, (un) tour, regret, déchirer, malgré, silence, bancal, résilience, pourquoi, aquarelle, fardeau, parenthèse, vide, rire, envol, conscience, coeur, douleur, scintiller, symphonie, scène et sinueux.

Ouf, à voir comme ça, ce n’est pas grand-chose à intégrer dans un texte car tous ces mots vont donner un sens au récit; mais au recopiage, cette énumération est usante.

Bon, moi, j’ai suivi la ligne de la citation càd un texte tristounet.

<< Vite, ils sortent de la mosquée, ils ont fini leurs prières et de lire, peut-être se sont-ils concertés pour le complot de tout à l’heure; quoiqu’il en soit ils se regroupent sur la place, au pied des marches de la mosquée de marbre, des pancartes à la main, que je n’ai pas le temps de déchiffrer malgré les lettres immenses, brandies à bout de bras, l’index pointé au ciel; et des slogans criés depuis des bouches gesticulantes.

Assis sur un pavé de granite bancal, sur le muret qui surplombe l’esplanade de marbre blanc, j’ai pourtant tout le loisir de les observer, ces hommes en manteaux noirs et écharpes de laine et poils capillaires noirs.

Moi de même, je suis noir de poil, comme du charbon, et dentition très blanche ! Je tentais de me dorer le pelage sous ce soleil d’hiver.

Mais leur bruit me déchirait les tympans !

Plus loin, les habituels nonchalents pigeons qui picoraient le pavé si souvent qu’ils avaient criblé des pointillés en 3D, prennent soudain leur envol.

Pourquoi ?

Ces hommes-là se situaient bien trop loin de leur parc à graines. Oh-oh, un autre groupe se presse sur la scène, en face du premier, avec leurs propres criées, leurs panneaux d’indications, leurs gestes pantomiques, et de vestimentation mieux bigarrée.

Ils se font face : pas de silence, aucun clan ne laisse passer son tour de s’harranguer, s’insulter – oui, j’en ai entendu quelques-unes, de s’opposer, de se provoquer mutuellement.

Ca y est, la bride est rompue : leur ténacité vient de faire éclater la douleur ! Voilà qu’ils se jettent des pavés sur la “gueule”!

Vite, je calcule dans la tête la distance qui me sépare de leurs projectiles, peut-être j’éviterais un sanglant fardeau de plus dans ma vie de chien. Quoiqu’il en soit, je ne suis pas plus visible que ca, atteint ou non par leurs cailloux, malgré mon poil hisurte et le parfum du vagabondage qui embaume cet espace.

Je vais me coucher, tout près de la lourde porte de la mosquée. A même le sol est rude tout de même ; je déniche à l’extrémité de mon muret une page du journal que j’assiège. Je m’y love, pose la tête sur un encart mouillé telle une aquarelle délavée d’où un bonhomme aux yeux  scintillants me fixe du regard.

Une pancarte aux mains. Ahh !

Il a une drôle de tête : un gros nez – ou est-il busqué ? Et une barbe de trois jours sur les joues rosées. Des rides sinueuses à la patte d’oie, ce qui me pousse au rire.

Une pause, une parenthèse !

Bien sûr, quand deux troupeaux se rassemblent sur la place publique, la troupe autoritaire s’ajuste et la symphonie en sol majeur joue de plus  belle ! Bien que aujourd’hui cela s’écourte : le coeur n’y est pas…

Et la conscience laisse à désirer !

Je n’ai aucun regret d’être un animal, moi, maintenant, voleur de saucisses chez le boucher du quartier.

Et je reste en sidération devant le pardon qui règne sur la place désormais vide…

“Je vous pardonne, mes frères.” dirait l’un, M. ;

“Seigneur, pardonnes-les.” dirait l’autre, JC ;

En choeur, “ils ne savent pas ce qu’ils font.” >>

Vous venez de lire un récit d’après une observation impartiale : pas de prise de position.

J’ai tenté de décrire une manifestation, sur le contexte actuel : manifestation à Istanbul au devant une mosquée dont je ne sais pas le nom, contre la caricature en portrait vert diffusée par le quotidien Cumhuriyet (qui signifie république) – voir les journaux pour plus d’infos ! Malheureusement – nom d’un chien – je ne suis pas parvenu à l’écrire comme je le souhaitais : par exemple, la longueur est de trop!!

Bonne lecture !

Et “vous êtes pardonné(e)s” si vous ne lisez pas jusqu’au bout, si c’est barbant, si c’est triste, si c’est… la liberté (d’opinion, d’expression, de pensée) n’est pas brimée par ici, enfin, je l’espère.

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