Chapitre 2
Où l’on arrive

Je prépare la valise. Légère. Cinq ensembles suffisent : un pour chaque saison et un pour la nuit. Une liseuse avec 363 livres téléchargés ; il me faut tout de même des jours de repos. Le PC et tout l’appareillage électronique adéquat. Une clé USB qui regroupe tous les cours dispensés jusqu’à aujourd’hui. Et mon matériel de crochet dans un petit coffret de pêcheur.
Voilà, c’est fait!

Qu’est-ce que je m’y connais, moi, au Japon ou au japonais ? J’ai étudié le management et la langue anglaise littéraire ; oui, l’un a peu d’affinités naturelles avec l’autre.
Bon, le management doit être le même partout ailleurs sur la planète. Oui, mais je dois m’imprégner d’une culture aux conflins de la mienne – je vis à Smyrne – avec laquelle je fais déjà le grand écart et avec la culture parentale française qu’avec la culture britannique.
Voilà, c’est prêt !

Le vol jusqu’à Narita se fait sans encombre, peut-être juste les chevilles qui gonflent et l’excitation d’un long voyage. Sans doute un peu calmée moralement par l’écoute en boucle de musique celtique moderne très entraînante.
Monsieur NAKAMARA en personne m’accueille dès la descente de l’avion. Il me salue à l’européenne soit la poignée de main puis à la nipponne en se courbant. Puis le dialogue de bienvenue d’usage est entamé. Je lui réponds volontiers.

Il me met à l’aise avec sa voix douce et légèrement chevrottante : il m’a l’air d’être assez âgé, 65 ans ou plus. Paradoxalement, son visage est très peu ridé.
Il me fait signe de passer d’abord, galanterie de gentilhomme ; je refuse : je ne vais pas l’évincer de son rôle d’importance de guide. Puis il tente de se charger de ma valise, toujours galant ; je refuse, toujours aussi : je ne vais pas laisser un homme âgé porter un poids lourd que je soulève sans difficulté.

Le trajet continue dans les artères de la ville, plus impressionnantes les une que les autres ! Des grattes-ciels aux larges enseignes, les passants fluides à l’infini en ligne noire, tout ce que je vois mange l’espace urbain à la fois sans vergogne et harmonieusement. Ou bien est-ce l’impression du pied-vert que je suis ici ?
Le trajet prit fin à l’école où je vais suivre les enseignements en alternance avec les jours de stage. Là aussi je vais rencontrer l’équipe avec laquelle je vais côtoyer pour travailler et m’amuser – un peu quand même – et les noms des gens qui vont m’accueillir vont être donnés.

J’inspire profondément devant l’entrée de la cour, devant cette grande plaque dorée, de plus d’un mètre de haut, sûrement plus, aux hiéroglyphes incompréhensibles à mes yeux qui, fascinés, ne le quittent pas jusqu’à se piquer de larmes.
Voyant mon guide m’attendre, je souris et inspire encore – allez la dernière ! Lui, M. NAKAMARA, m’attend impassible que je sois prête.
Voilà, c’est prêt !

Les présentations se font rapidement, faute de sujets communs, où l’on parle peu, faute d’oralité : Monsieur NAKAMARA fait distribuer un listing de toute l’équipe, scindée en groupes, avec nom, photo, rapide CV, adresse, pays d’origine et objectif, section et responsable attribué qui sont détaillés puis ceux des accueillants avec nom et adresse.
Un petit brunch nous permet à tous de se saluer un peu plus intimement mais toujours timidement. Nous sommes sept stagiaires internationaux, dont trois d’Europe de l’Est et quatre du pourtour de l’Asie du Sud-Est, parmi les quinzes stagiaires au total.
Puis nous nous séparons pour aller vers nos quartiers respectifs et vers nos hôtes.
Voilà, c’est fait !

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