Chapitre 1 : Un jour de vol extraordinaire

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(image depuis www.dca.ffvl.fr)

Agrippée à son delta-plane high-tech aux grandes ailes triangulaires aux couleurs de la garance telle les lettres de son prénom, elle volait plein ouest au-dessus ďune mer de feuillages ďune beauté à couper le souffle.
Le vent soufflait dans ses oreilles, à la vitesse de vol, nonchalente, alimentant l’euphorie de la croisière aérienne. La forêt s’étendait à perte de vue, moutonnant ses cimes ďun vert intense, telles des vagues écumantes se jouant ďun trois-mâts voyageur.
Le visage enserré dans des lunettes ďaviateur, héritées de son père, la jeune pilote scrutait chaque endroit où son regard s’accrochait, la possibilité de s’y poser sans danger pour elle ou pour son delta-plane. En vain : ľappareil serait indéniablement amoché.
Bien que maitrisant à la perfection son art de vol et savoir que le plancher des vaches était toujours aussi solide sous les pieds et visible à ses yeux, savoir qu’il y avait un lieu où se percher était immanquablement rassurant. Oui, une mer ďarbres pouvait être aussi immense qu’une mer de vagues !
Combien de temps s’écoula ainsi ? La jeune pilote pouvait ľestimer aisément mais n’en avait cure tant le vol filait agréable.

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(Image tirée de http://www.ledromadaire.over-blog.com)

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(Image de http://www.futurasciences.com)

Peu à peu, une brume grise s’insérait parmi les arbres, venant ďun lieu devant elle. C’était le milieu de ľaprès-midi et il faisait bien chaud pour une belle journée de printemps. La brume gachait ce beau tableau. D’un autre coté, elle prémonisait quelques mystères…
D’où venait-elle ?
Un signe allait sûrement donner l’information bientôt. La cherchant, Garance, la pilote fut surprise par l’apparition abrupte de corps massif de cette brume. Il n’y avait plus de forêt, juste une masse grise et vaporeuse qui ne laissait rien deviner sous son ombre ! La brume volutait en arabesques gracieuses, lui fit dire un scrupuleux examen visuel. Puis le son du vent dans les oreilles fut remplacé par un grondement clappotant comme la mer cognant le pied des falaises. Enfin la nappe grise se déchirait à mesure que le vol allait de l’avant, laissant découvrir l’immensité liquide.
Là, Garance eut peur. Rien ne saurait l’accrocher pour sécuriser sa vie. Le delta-plane resterait intact, peut-être bouée de sauvetage, sûrement radeau à la dérive ! Infini…
Elle décida de faire demi-tour. Voler au-dessus de l’immensité pouvait bien être euphorisant mais pas raisonnable. La réalité est construite de raison, on ne pouvait y échapper. La jeune pilote prit alors appui sur sa gauche et vira. Le virage à tribord lui était plus facile, même sa signature à elle, quitte à tourner en rond pour virer à droite ce qui lui faisait être parfois la risée du club.
Le virage fut net et fluide.
Ce fut à cet instant qu’elle aperçut d’autres arbres au-devant elle. La forêt continuait-elle à l’avant ? L’espace maritime avait des airs ďocéan ; comment pouvait-il être autant encastré entre deux terres ?
Bien entendu, cela intrigua notre jeune amie qui vira aussitôt sur sa gauche afin ďexplorer la place – enfin un peu plus loin que prévu.

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(Image de http://www.kgb.blogspot.com)

La cime des arbres apparut aussi abruptement que précédement. Pas de transition ; rien qui n’indiqua leur présence imminente.
Cette même cime semblait être différent de l’autre partie de forêt. Le feuillage avait prit une teinte automnale, dans les chaudes couleurs dorées ; une impression de sérénité en émanait doucement. Il était également moins dense quand bien même le sol n’était toujours pas visible. Des arbres plus vieux que d’autres s’élançaient vers le ciel, des longues et robustes branches se lançaient à ľassault du plafond céleste.
Ľinconnu qui s’échappait d’ici n’était pas rassurant non plus. Quelques mètres plus loin, cette forêt à ľaspect magique se déchirait à cause ďun pic rocheux aussi accéré que possible, telle un croc dans la gueule ďun loup. Il avait un air fantastique, une aura maléfique, un courroux que faisait éclater des nuages lourds ďéclairs.
L’exploration tournait à l’amer, sembla-t-il pour notre jeune amie. Aura-t-elle du courage pour tourner, ne serait-ce qu’une fois, autour de cette canine noire, comme le clamait son coeur ? Ou bien la raison sage l’en dissuaderait parce que prudence est mère de sureté ?
Le vent soufflait favorablement, gentil et sans danger. Non, le délice se changeant à l’aigre ne valait pas la chandelle. Avant même de faire mine de s’approcher du pic rocheux, le delta-plane couleur garance fit volte-face avec toute la grâce d’un oiseau.
Le chemin du retour s’annonçait plus qu’agréable avec le soleil sur son couchant dans le dos, allongeant les ombres et enflammant les couleurs de la nature. D’après ses calculs avec une bonne marge, la jeune pilote estimait l’arrivée à son point de départ juste avant l’extinction du soleil dans le ciel.
Elle n’était pas la seule sur le chemin de retour. Des oiseaux qui, absents de toute l’après-midi, voletaient et sautillaient au niveau de la canopée forestière. Les derniers insectes pour diner ou les derniers rayons solaires, chaque instant était à savourer.
Notre jeune pilote s’émerveillait à ce dernier moment.
Au loin, sur sa droite, Garance décela des grands oiseaux planants. Des aigles au vu de leur taille et leur vol tout en majesté. Elle les admira pendant un long, très long moment tout en espérant de ne pas les croiser de très près. Les dégats qu’ils pouvaient faire à ses ailes ou à elle-même seraient fatals. Là, même vus de loin, ces aigles royaux étaient remarquablement grands pour leur espèce.

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(Image depuis www.chamonixsport.com)

Plongée dans ses pensées, elle vola longtemps. La sensation d’avoir volé trop longtemps sans qu’elle n’ait rencontré à nouveau le fleuve embrumé embrassa son esprit. Où était-il ? Puis les arbres avaient gardé cet aspect ancestral alors qu’ils ne le possédaient pas près du lieu d’où elle avait décollé.
N’avait-elle fait que de tourner en rond autour de cette forêt post-fluvial ? Non, Garance était certaine que son virage était dans la bonne direction, ses appareils le confirmant. C’était la faute de la nature de ne pas avoir changé et repris l’aspect comme celui pendant le trajet aller ! Dit ainsi, c’était bien sûr idiot ! Mais Garance en était convaincue !
Que faire maintenant ? Il faudrait bien qu’elle se posât à un moment donné car la nuit tombait et qu’elle-même allait se fatiguant. Le sport du dormir en volant n’existait pas encore.
Hors de question de revenir sur le rocher : trop loin et trop embrumé. Encore moins d’atterrir sur la canopée : repartir par les airs serait totalement impossible et Garance n’a pas appris à survivre en pleine jungle.
Alors il ne fallait surtout pas qu’elle s’endormisse au volant : elle allait continuer de voler le plus loin possible vers son aire de décollage.

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