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(photo wikipedia portail des vampires)

Que je vous raconte.
Je suis un gentil adolescent. Plutôt con sur les bords car aimant faire des farces stupides du genre mettre se la crème Chantilly dans la paume de ma proie puis chatouiller quelque endroit du visage pour qu’en fin de compte le gars s’éclate la crème sur la figure. Le type dominateur des geeks du lycée en leur intimant de faire mes homeworks et en tête de liste dans la popularité au bahut.
Enfin, c’est ce que j’étais.
J’ai changé. Et de façon plutôt abrupte.

Il est minuit passé et c’est le début de ma journée. J’ai encore raté les cours mais ça ne me gêne pas plus que ça.

Ce jour-là, je rentrais du bahut avec mes deux poteaux, moi me laissant porter suspendu entre eux par leurs épaules et eux fonçant sur les passants qui s’écartaient sinon c’était la bouscullade.
Enfin, nous dûmes nous séparer pour rentrer chez nos vieux respectifs. J’avais encore une centaine de mètres à marcher dans une rue bordée de majestueux platanes, en sifflotant et envoyant valdinguer des petits cailloux du gravier sur les voitures garées le long du trottoir. Un des proprios sortit de son véhicule pour m’invectiver de menaces mais je ne me démontai pas et me moquai de lui.
Presque près de chez moi, je remarquai un gars avec cape et haut-de-forme qui avançait sur le trottoir d’en face. Je n’étais pas sûr qu’il avançait car je ne distinguais pas vraiment sa démarche. En tous cas, lui, il m’observait, depuis le tournant de la rue ; il m’a vu faire mes singeries aussi. Le voir ainsi en stalker me refroidit et j’accélérai mon pas.
Je posai la main sur la clanche du portail de fer forgé que lui se positionna juste devant moi, une main sur mon épaule. Je sentis le souffle de panique qui m’envahit et le contact en même temps que je vis le visage buriné et les yeux verts brillants intérieurement et le sourire sardonique découvrant des dents plutôt pointues. Je sentais mon corps vouloir s’enfuir de toutes ses forces mais la main intimait un puissance telle une enclume qui m’abrutissait. Je ne ressentis plutôt qu’entendis ses paroles, les buvant comme si elles étaient aphrodisiaques :
“Oh, que tu aimes à jouer au sale garnement. Tu es stupide aussi. Quel dommage de gaspiller ton temps diurne à ce rôle écoeurant. J’ai vu ta chambre, recouverte de livres du sol au plafond. J’admire les lectures au goût prononcé. Je vais t’offrir le coup de pouce qui te manque.”
Et il fondit sur moi. Une morsure dans le cou et tout autour de moi effréna sa course temporelle, se diluant, se fondant tandis que mes jambes s’effondrèrent sous mon propre poids. Je restai suspendu entre deux mondes, entre deux mesures, entre deux hauteurs. La douleur initiale se mua en une sorte d’engourdissement qui m’assomma.

La brise froide qui s’insinua dans mon col me réveilla et je me retrouvai toujours en situation d’entrer dans la cour. Titubant, j’entrai.
Flageolant, je marchai.
Hébété, je regardai ma mère.
“Eh bien, Benji-chéri, tu en fais une tête. Oh, es-tu tombé malade ? Viens te reposer, disait-elle tout en s’occupant de moi.” Ses paroles me semblaient être si lointaines.
De même je ne comprenais pas les paroles de l’homme. Je m’allongeai sur mon lit dans une torpeur comme après un match intensif.
Ma mère me dit depuis la porte: “A propos, Benji-chéri, la peinture de ta chambre doit être absolument sèche maintenant, tu sais, ça fait deux mois maintenant. On n’utilise plus la bibliothèque. Qu’en penses-tu ?”
Et là, tout fut limpide !
“Quel con, ce vampire !”

Je suis maintenant un gentleman. Plutôt écrivain car n’aimant pas lire. Cependant je me commande de lire pour savoir comment écrire, écrire au sujet de farces stupides que les adolescents pourraient faire en toute sécurité – après les avoir testé sur les vampires. C’est ma revanche sur le con qui m’a transformé. Il n’en sortira pas indemme.

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