Bricabook est le bazar de livres cousu de photos émouvantes nous fait pondre, excusez de l’expression, des textes enrichis d’inspirations et d’émotions que Leiloona nous oblige à lire… merci à toi !

Un texte en trois parties parce que j’ai choisi trois photos de Kot qui m’inspiraient. Chaque photo correspond au texte plutôt court et les six sont en interaction ensembles. Il y a peut-être des inconhérences mais tant pis. Trois photos, trois persos.

J’ai tenté d’user de la dénomination de “poulet” mais ça n’a rien donné. Alors je me suis tourné vers la traduction de “kot” en langue turque, qui signifie “jean” (le tissu) et j’en ai (finement) brodé dans le texte.

Bonne lecture !
(Les photos sont de Kot usitées uniquement dans le cadre de l’atelier “une photo, quelques mots” de Leiloona.)

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                                                       (C) photo de Kot

Je ne savais pas que la lecture de la gazette pouvait être aussi intense ! Quelle nouvelle, quel article, quelle chronique pouvait donc aspirer autant d’énergie ? Une nécro ? Un fait divers sur le voisinage ?
Ou bien ce n’était qu’une contenance, pour se donner un air d’être un homme occupé ? Il était bien sapé, ce vieux monsieur au chapeau en jean, élégant dans sa chemise blanche.
Il reflètait la gazette et la gazette lui renvoyait son image. Le soleil n’avait plus d’importance. Ni les feux de la rue.

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                                                  (C) photo de Kot

La gazette avait été laissée dans le métro, sur l’assise du siège en face du mien. C’était plutôt un strapontin ; elle était plutôt coincée.
La jeune femme l’avait posée là, comme une feuille morte se poserait sur le sol mouillé si elle tombait. Et puis elle était restée sans vie, la tête aux boucles d’ébène contre la paroi du métro.
L’étole en denim se lovait lourdement sur le giron.
La peur se figeait dans ses yeux. J’ai fermé les miens pour ne plus les lire, ces lignes de jiais. Mais je la sentais là, telle un ange auréollé de sa lumière sourde.

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                                               (C) photo de Kot

Il était devenu une ombre. Très maigre, un vrai piquet. Je pouvais lire ses os sous la toile de son blue jeans.
Il fumait. Il fumait depuis toujours. Combien de fois lui avais-je soufflé d’arrêter ? Il refusait à chaque fois. Il me disait qu’il m’aimait voir à travers la fumée, comme une fée dans la brume.
J’étais la silhouette dans le vague et lui, l’ombre le long du mur de crêpe.
Et pourtant, c’était lui qui avait les traits remarquables, anguleux, telle une statue brute de coffre. Moi je n’étais qu’une petite brune volubile, une vraie chroniqueuse.
J’ai gardé son dernier paquet de cigarette. Chiffonné.

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